BRUXELLES, Belgique — Une opération mondiale contre le trafic illégal d'espèces de faune et de flore sauvages a permis de saisir près de 30 000 animaux vivants et d'identifier 1 100 suspects.
Du 15 septembre au 15 octobre, les services de répression, notamment les douanes, la police, les services de sécurité aux frontières et les autorités forestières et de protection de la faune sauvage de 134 pays, ont procédé à un total de 4 640 saisies dans le cadre de l'opération Thunder 2025. Ce nombre record de saisies comprenait des dizaines de milliers d'animaux et de plantes protégés, des dizaines de milliers de mètres cubes de bois illégalement abattu, ainsi que plus de 30 tonnes d'espèces classées comme menacées d'extinction selon la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
Coordonnée par l'Organisation mondiale des douanes (OMD) et INTERPOL, l'opération visait à intercepter et à saisir les produits de la faune et de la forêt illégalement commercialisés tout au long de la chaîne logistique mondiale, ainsi qu'à identifier, perturber, enquêter et démanteler les réseaux criminels impliqués dans ce type de crimes environnementaux.
Le secrétaire général de l'OMD, Ian Saunders, a déclaré : « Les douanes constituent la première ligne de défense face à la montée des crimes transfrontaliers liés aux espèces sauvages. L'opération Thunder montre comment les douanes interceptent chaque jour des cargaisons illicites, démantèlent des réseaux criminels et protègent les espèces vulnérables. Cette menace mondiale exige une action collective et l'OMD s'engage à fournir une assistance technique, à approfondir l'échange de renseignements et à renforcer les partenariats entre les services de répression afin de démanteler les entreprises criminelles et d'assurer un avenir durable à la biodiversité mondiale. »
Le secrétaire général d'INTERPOL, Valdecy Urquiza, a déclaré : « L'opération Thunder révèle une fois de plus la sophistication et l'ampleur des réseaux criminels qui se livrent au commerce illégal d'espèces sauvages et de produits forestiers, réseaux qui sont de plus en plus liés à tous les domaines de la criminalité, du trafic de drogue à l'exploitation humaine. Ces organisations criminelles ciblent les espèces vulnérables, sapent l'état de droit et mettent en danger des communautés dans le monde entier. Consciente de ces menaces criminelles profondément interconnectées, INTERPOL s'engage à renforcer les mesures policières mondiales, à démanteler l'ensemble de l'écosystème des activités illicites et à protéger le patrimoine naturel et humain commun de notre planète. »

Alors que les saisies d'animaux vivants ont atteint un niveau record cette année, principalement en raison de la demande pour les animaux exotiques de compagnie, la plupart des trafics d'espèces sauvages concernaient des restes, des parties et des dérivés d'animaux, souvent utilisés dans la médecine traditionnelle ou dans des aliments spécialisés.
Selon les estimations, la valeur annuelle des crimes contre les espèces sauvages s'élève à 20 milliards de dollars américains, mais la nature clandestine de ce commerce laisse supposer que le chiffre réel est probablement beaucoup plus élevé.
De la viande de brousse aux papillons : les nouvelles menaces en matière de criminalité environnementale
L'opération Thunder 2025 a révélé une intensification du commerce illicite de viande de brousse, terme utilisé pour désigner la viande d'animaux sauvages, en particulier ceux provenant des régions tropicales. Les autorités belges ont intercepté de la viande de primates, les autorités kenyanes ont saisi plus de 400 kg de viande de girafe et les forces de l'ordre tanzaniennes ont récupéré de la viande et des peaux de zèbres et d'antilopes d'une valeur d'environ 10 000 dollars américains. À l'échelle mondiale, 5,8 tonnes de viande de brousse ont été saisies, ce qui constitue un record, avec une augmentation notable des cas en provenance d'Afrique vers l'Europe.
En 2025, les mesures de répression ont également révélé une augmentation du trafic d'espèces marines, avec plus de 245 tonnes d'animaux marins protégés saisis dans le monde entier, dont 4 000 ailerons de requins.
Si les grands mammifères emblématiques font souvent la une des journaux dans la lutte contre la criminalité environnementale, les menaces croissantes concernent également le commerce d'espèces plus petites et de plantes.
Par exemple, l'opération Thunder 2025 a révélé une forte augmentation du trafic d'arthropodes exotiques. Près de 10 500 papillons, araignées et insectes, dont beaucoup sont protégés par la CITES, ont été saisis dans le monde entier. Bien que de taille minuscule, ces créatures jouent un rôle écologique essentiel. Leur disparition déstabilise les chaînes alimentaires et introduit des espèces envahissantes ou des maladies, ce qui pose de graves risques pour la biosécurité et la santé publique.

Le commerce illégal de plantes a également atteint des niveaux records en 2025, avec plus de 10 tonnes de plantes vivantes et de dérivés végétaux confisqués, stimulé par la demande des marchés horticoles et des collectionneurs.
En 2025, les saisies de bois illicite ont continué d'être importantes, avec plus de 32 000 m3 et 14 000 pièces signalés par les pays. L'exploitation forestière illégale, qui a un impact économique, social et environnemental majeur, représenterait entre 15 et 30 % de l'ensemble du bois commercialisé dans le monde.
Mettre en place une défense durable contre le commerce illicite
Les mois de préparation de l'opération Thunder 2025 ont été consacrés à l'échange d'informations, au partage de renseignements exploitables et à la coordination des enquêtes transfrontalières entre les pays et régions participants, l'OMD et INTERPOL.
Les contrôles transfrontaliers effectués par les douanes, en collaboration avec la police, ont permis de procéder à d'importantes saisies aux points d'origine, de transit et de destination. Le recours à la technologie et aux protocoles de l'OMD et d'INTERPOL pour améliorer l'efficacité et partager des informations et des renseignements en temps réel a été essentiel à cette réussite.
Un élément essentiel de cette opération a été la collaboration transfrontalière efficace entre les services de répression et les plateformes financières pour retracer les flux financiers illicites. Ces activités criminelles étant de plus en plus liées aux cryptomonnaies, l'opacité inhérente aux actifs numériques exige un partage continu des renseignements afin de permettre des poursuites judiciaires efficaces.
Au-delà des arrestations et des saisies immédiates, les renseignements recueillis lors de l'opération Thunder aideront à cartographier les réseaux criminels mondiaux. Ces informations permettront aux services de répression du monde entier d'affiner leurs stratégies, d'anticiper les tactiques criminelles émergentes et de perturber les activités illicites de la chaîne logistique, garantissant ainsi une réponse durable et efficace à la criminalité transnationale liée aux espèces sauvages.
Contexte
L'opération Thunder, qui en est maintenant à sa neuvième année, est une opération conjointe coordonnée chaque année par l'OMD et INTERPOL, avec le soutien des partenaires du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC), y compris cinq organisations intergouvernementale – CITES, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la Banque mondiale, l’OMD et INTERPOL. L’opération est financée par l'Union européenne, le ministère britannique de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Department for Environment, Food and Rural Affairs) et l'Initiative internationale pour le climat et les forêts (International Climate and Forest Initiative) de la Norvège.
Saisies importantes dans le monde
- Les autorités sud-africaines ont arrêté 24 suspects et saisi des plantes succulentes protégées, des pangolins vivants et plus de 17 000 ormeaux (escargots de mer), ainsi que des armes à feu et des munitions non autorisées.
- Une cargaison en provenance d'Asie interceptée dans un centre postal nord-américain contenait plus de 1 300 parties de primates, notamment des os, des crânes et d'autres dérivés.
- Les autorités indonésiennes ont saisi plus de 3 000 oiseaux et 7 000 arthropodes, notamment des papillons, des araignées et des mille-pattes.
- Les autorités brésiliennes ont démantelé un réseau de trafic, identifié 145 suspects et sauvé plus de 200 animaux sauvages, notamment lors d’une opération contre un réseau international de trafic de tamarins lions dorés.
- Les forces de l'ordre tanzaniennes et la CITES ont saisi plus de 100 défenses et morceaux d'ivoire d'une valeur de 415 000 dollars américains et plus de 140 dents d'hippopotame d'une valeur de 40 000 dollars américains.
- Les autorités du Qatar ont arrêté un individu qui tentait de vendre un primate menacé d'extinction pour 14 000 dollars américains sur les réseaux sociaux.
- Les autorités mexicaines ont saisi sept animaux à Sinaloa, dont deux tigres, ainsi que des composants d'armes à feu fréquemment associés aux activités du crime organisé.
- Plus de 40 envois d'insectes et 80 envois de papillons, provenant d'Allemagne, de Slovaquie et du Royaume-Uni, ont été interceptés dans un centre postal américain.
- Les douanes françaises ont saisi 107 pièces d'ivoire sur des marchés, tandis que les douanes autrichiennes ont perquisitionné le domicile d'un marchand d'ivoire en ligne et récupéré six autres pièces.
- Les autorités vietnamiennes ont arrêté deux individus sur un bateau de pêche transportant 4,2 tonnes d'écailles de pangolin et d'autres parties de reptiles et d'oiseaux.
- En République dominicaine, les autorités ont arrêté 90 personnes pour des crimes liés à l'exploitation forestière illégale.
- L'Allemagne a intercepté plus de 1 000 éléments illégaux issus de la faune et de la flore sauvages, notamment de l'ivoire, des parties de reptiles, du corail, des dérivés de plantes et des spécimens vivants, principalement dans des centres postaux et des aéroports.