Opération COLIBRI ZAFIRO : les douanes et leurs services partenaires unissent leurs forces contre la criminalité dans l'aviation générale

07 septembre 2026
  • Les administrations douanières et les services partenaires de 19 pays ont réalisé 1 431 contrôles d'aviation générale en 16 jours, coordonnés en temps réel depuis trois centres opérationnels.
  • L'opération a donné lieu à 15 saisies, dont près de 1,2 tonne de stupéfiants et 11 aéronefs légers, et a permis d'identifier 86 pistes clandestines, auxquelles s'ajoutent des affaires douanières portant sur des œuvres d'art non déclarées et sur des aéronefs détournant le régime de l'admission temporaire.
  • Un réseau d'analystes a orienté le ciblage, marquant le passage de contrôles de routine à des contrôles fondés sur l'analyse de risque préalable, au service d'une opération davantage guidée par le renseignement. 

Le Projet COLIBRI de l'Organisation mondiale des douanes (OMD) a achevé l'opération ZAFIRO, troisième et plus vaste opération internationale menée dans le cadre de ce projet financé par l'Union européenne. Administrations douanières, forces de police, unités antidrogue, autorités de l'aviation civile et forces armées de 19 pays partenaires d'Amérique latine et des Caraïbes (ALC) et d'Afrique de l'Ouest et centrale (AOC) ont placé l'aviation générale – les aéronefs exploités à titre privé, en dehors des services commerciaux réguliers – sous surveillance coordonnée.

L'aviation générale représente la majorité des mouvements de l'aviation civile dans le monde et constitue souvent, dans les régions isolées ou faiblement peuplées, le seul moyen pratique de se déplacer ou d'acheminer des marchandises. C'est aussi ce qui la rend attrayante pour la criminalité organisée : discrétion, possibilité d'utiliser de petites pistes isolées, surveillance moins soutenue que celle des vols commerciaux réguliers. En Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique de l'Ouest et centrale, les réseaux criminels en ont fait un maillon essentiel des routes de la drogue et l'utilisent également pour déplacer de l'or, des armes et des espèces. Les aéronefs qui se soustraient à leurs obligations douanières et fiscales engendrent en outre des pertes de recettes considérables pour les États.

Au total, 1 938 événements opérationnels ont été enregistrés sur le Géoportail de l'OMD, la plateforme innovante de renseignement géospatial développée pour le Projet : 1 431 contrôles, 367 observations, 125 pistes et 15 saisies. Derrière ces chiffres se dessine une évolution que le Projet poursuit depuis trois ans : des contrôles guidés par l'analyse de risque préalable plutôt que par des interventions non ciblées.

Trois centres, une même vision opérationnelle

Pour la première fois, le Projet COLIBRI de l'OMD a activé trois unités de coordination opérationnelle (UCO). L'UCO centrale a été accueillie à Lisbonne par le MAOC-N (Maritime Analysis and Operations Centre – Narcotics), centre international chargé de coordonner l'action opérationnelle contre le trafic illicite de stupéfiants par voie maritime et aérienne, avec des UCO régionales à Abidjan (Côte d'Ivoire) et à Buenos Aires (Argentine).

Composées de coordinateurs régionaux, d'experts accrédités de l'OMD, de points focaux nationaux et d'analystes du renseignement, ces trois unités ont assuré une couverture quasi continue sur plusieurs fuseaux horaires.

Un départ suspect pouvait ainsi être profilé, vérifié dans les bases de données et signalé au pays d'arrivée alors que l'aéronef était encore en vol, laissant aux agents le temps de préparer un contrôle dans de bonnes conditions.

Ian Saunders, Secrétaire général de l'Organisation mondiale des douanes, a déclaré : « L'opération ZAFIRO démontre une fois de plus que lorsque les administrations douanières et les services partenaires travaillent ensemble par-delà les frontières, les résultats suivent et la société s'en trouve mieux protégée, grâce à leur dévouement et à leur engagement dans la lutte contre le trafic de drogues illicites. Le Projet COLIBRI de l'OMD a bâti une communauté de pratique – analystes, agents de terrain, coordinateurs – qui, par le partage du renseignement, contribue concrètement à démanteler les réseaux criminels exploitant l'aviation générale. »

Ce que les contrôles ont révélé

Sur les 15 saisies enregistrées, quatre portaient sur des stupéfiants, pour un total d'environ 1,2 tonne ; 11 concernaient des aéronefs légers saisis dans le département bolivien du Beni lors d'opérations antidrogue, avec des espèces, des arrestations et la fermeture de plusieurs hangars. Ces résultats sont significatifs : retirer un aéronef de la circulation prive le réseau d'un actif qu'il ne peut remplacer rapidement. L'appareil constitue en outre une source de preuves pour les enquêteurs – carnets d'entretien et relevés de carburant, équipements de navigation et de géolocalisation, structures de propriété.

Au Paraguay, les agents ont intercepté 262 kg de cannabis à bord d'un jet privé arrivé à Asunción en provenance des États-Unis, via une escale au Panama. Le secrétariat national antidrogue a directement attribué ce résultat aux échanges de renseignements et d'informations menés dans le cadre du Projet COLIBRI de l'OMD.

Au Brésil, 490 kg de cocaïne ont été découverts dans une zone rurale de l'État du Tocantins, à proximité d'une piste clandestine et d'un aéronef présentant des signes de modification structurelle.

En Argentine, deux saisies de cocaïne totalisant plus de 500 kg ont été reliées à des enquêtes visant des réseaux recourant à des aéronefs légers : l'une portant sur 470 kg dissimulés derrière des bidons de carburant dans une camionnette, l'autre issue d'une perquisition liée à une affaire antérieure de narco-avion.

La destination des vols

Pour la première fois, les agents ont pu enregistrer l'origine, le transit et la destination de chaque vol dans le Géoportail de l'OMD. La cartographie obtenue montre que l'aviation générale relie directement les deux régions à l'Europe : un corridor net depuis la côte est de l'Amérique du Sud, et une concentration de mouvements entre le golfe de Guinée et des destinations européennes.

L'immense majorité de ce trafic est parfaitement licite. Pour les vols évalués comme présentant un risque élevé, une alerte a été émise et les informations recueillies au départ ont été partagées avec les autorités européennes, afin d'appuyer des contrôles fondés sur le risque à l'arrivée.

Au-delà des stupéfiants : des risques aériens insoupçonnés

En Côte d'Ivoire, des agents des douanes traitant un vol d'aviation générale à destination de Lagos ont découvert 16 œuvres d'art soigneusement emballées et transportées sans déclaration en douane. Des poursuites ont été engagées et l'UCO régionale a transmis le dossier aux services partenaires, dont INTERPOL, pour la suite de l'enquête.

Au Sénégal, le contrôle d'un aéronef a révélé qu'il continuait d'être exploité dans le pays bien au-delà de son obligation déclarée de réexportation. L'affaire a donné lieu à un examen plus large, qui a mis au jour plusieurs aéronefs dépassant la durée de leur admission temporaire, parfois depuis des années.

Au Mali, l'aviation générale dessert également des itinéraires passant par des zones isolées ou sensibles, ce qui rend un contrôle renforcé indispensable pour identifier et atténuer les risques émergents. Les bénéfices en matière de sécurité vont donc bien au-delà des seuls stupéfiants : un contrôle renforcé de l'aviation générale contribue à la sécurité publique, à la protection des recettes nationales et au renforcement de la résilience institutionnelle.

Le rôle décisif des analystes

L'activation du réseau d'analystes du Projet COLIBRI de l'OMD a constitué l'un des traits marquants de ZAFIRO : des agents nationaux formés dans le cadre du Projet ont appliqué des techniques d'analyse de risque et de renseignement de sources ouvertes pour repérer les schémas de vol suspects et éclairer les décisions au moment où elles étaient prises. En lien avec les UCO, les analystes ont recoupé les données de vol avec les bases nationales, le Géoportail de l'OMD et CENcomm, la plateforme de communication sécurisée en temps réel de l'OMD.

L'opération a également mis en évidence une meilleure qualité des données de terrain. Sur le terrain, les agents ont enregistré les contrôles directement au point d'inspection dans le Géoportail de l'OMD, alimentant ainsi le jeu de données utilisé par les analystes, les contrôles et les interventions étant consignés de manière plus précise et plus normalisée par l'ensemble des administrations participantes. Un contrôle bien documenté alimente désormais un jeu de données réutilisable, qui permet aux analystes de repérer les aéronefs récurrents, les itinéraires répétés et les écarts entre mouvements déclarés et mouvements réels – autant de constantes invisibles dans une inspection isolée. Les alertes déclenchent des contrôles coordonnés et fournissent de précieux enseignements opérationnels. Au Pérou, une alerte portant sur un jet d'affaires n'a donné lieu à aucune découverte de marchandises illicites, mais elle a validé l'ensemble de la chaîne – alerte, analyse, contrôle coordonné dans deux villes – et produit des informations structurées qui nourriront le ciblage futur.

L'opération ZAFIRO confirme que l'aviation générale demeure un vecteur souple et agile de la chaîne d'approvisionnement criminelle, et que le réseau d'analystes formés, les outils partagés et les relations de travail interservices construits au fil de trois opérations renforcent la capacité des douanes et des administrations partenaires à en empêcher l'exploitation par la criminalité organisée.

À propos du Projet COLIBRI de l'OMD

Le Projet COLIBRI de l'OMD, financé par l'Union européenne au titre du Programme mondial de lutte contre les flux illicites (Global Illicit Flows Programme), renforce la capacité des administrations douanières et des autres services de lutte contre la fraude de 19 pays partenaires d'Amérique latine, des Caraïbes et d'Afrique de l'Ouest et centrale à détecter, surveiller, intercepter et signaler les trafics illicites par l'aviation générale.

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